Premier article d'une série de veille sur l'univers du non-coté. Je suis débutant sur ces sujets, et je documente ici ce que j'apprends au fil de mes lectures. L'objectif n'est pas de faire la leçon, mais de fixer ce que je commence à comprendre.
Pourquoi je m'intéresse aux private assets
En M1 Marchés Financiers, on parle énormément des marchés cotés : actions, obligations, dérivés. On évoque beaucoup moins ce qu'on appelle les private assets ou actifs non cotés. Pourtant, quand on lit la presse financière, ces mots reviennent en permanence : private equity, private debt, infrastructure, LBO, fonds de fonds, secondary...
J'ai donc décidé de me lancer dans une veille personnelle, à mon rythme. Cet article est la première brique : je pose le vocabulaire de base et la structure générale du marché. Je reviendrai plus tard sur des points spécifiques (mécanique d'un LBO, fonctionnement d'un fonds, valorisation, etc.) à mesure que je creuse.
Je ne prétends rien expliquer mieux qu'un manuel. Je documente simplement ce que j'apprends, parce que c'est la meilleure façon de fixer les choses.
De quoi parle-t-on, exactement ?
Première chose qui m'a aidé : comprendre que "private assets" est un terme parapluie. Il regroupe plusieurs classes d'actifs qui ont en commun de ne pas être négociées sur un marché coté. Cela change beaucoup de choses : la valorisation, la liquidité, l'horizon d'investissement.
D'après ce que j'ai lu, on classe généralement les private assets en quatre grandes familles :
- Private equity (PE) : prise de participation au capital d'entreprises non cotées.
- Private debt : prêts directs à des entreprises, en marge du système bancaire classique.
- Infrastructure : investissement dans des actifs physiques de long terme (autoroutes, aéroports, énergie, réseaux).
- Real estate non coté : immobilier détenu via des véhicules privés (à distinguer des SCPI et des foncières cotées).
Cet article se concentre surtout sur le private equity, parce que c'est le segment dont on entend le plus parler et que je trouve le plus accessible pour commencer.
Le private equity, en quelques mots
Le private equity, c'est l'idée d'investir dans des entreprises non cotées, soit pour les aider à grandir, soit pour les transformer, soit pour les racheter entièrement. Selon le stade de vie de l'entreprise visée, on parle de :
Venture capital (capital-risque)
Investissement dans des jeunes entreprises, souvent technologiques, avec un fort potentiel de croissance mais un risque très élevé. C'est ce qu'on voit dans la presse quand on parle de levées de fonds de startups (seed, série A, série B, etc.).
Growth equity (capital-développement)
Investissement dans des entreprises matures mais encore en croissance, qui ont besoin de financement pour passer un cap : nouveau marché, acquisition, internationalisation. Moins risqué que le venture, mais avec un rendement potentiel plus modéré.
Buyout (LBO)
C'est le segment le plus médiatisé. Un fonds rachète une entreprise mature en utilisant une part importante de dette (d'où le nom Leveraged Buy-Out). L'idée : la société rachetée rembourse elle-même la dette avec ses flux de trésorerie, pendant que le fonds optimise sa gestion sur 4-7 ans, puis la revend. Si tout se passe bien, l'effet de levier amplifie le rendement.
Distressed / Turnaround
Rachat d'entreprises en difficulté, à des prix très décotés, dans l'espoir de les redresser. Profil très spécifique, qu'on associe parfois aux vautours dans la presse, même si la réalité est plus nuancée.
Les grands acteurs du marché
En lisant la presse financière, certains noms reviennent en boucle. Je les note ici pour les avoir en tête, sans entrer dans leurs spécificités (ce sera l'objet d'articles futurs) :
- Acteurs américains de très grande taille : Blackstone, KKR, Apollo, Carlyle, Bain Capital, TPG.
- Acteurs européens : EQT (Suède), CVC Capital Partners, Permira, Cinven.
- Acteurs français : Ardian, Eurazeo, PAI Partners, Astorg, Tikehau, Wendel, Antin Infrastructure Partners (plutôt côté infra).
Certains de ces acteurs sont eux-mêmes cotés en Bourse (Blackstone, KKR, Apollo, EQT, Eurazeo, Tikehau, Wendel, Antin), ce qui permet, indirectement, de s'exposer au private equity via les marchés cotés. C'est un point que je trouve intéressant : le non-coté a une vitrine cotée.
Comment fonctionne un fonds de PE, dans les grandes lignes
C'est probablement la partie la plus importante à comprendre. Un fonds de private equity n'est pas un OPCVM classique. Il fonctionne sur un modèle très particulier que j'essaie de résumer ici.
Deux acteurs principaux
D'un côté, la société de gestion, qu'on appelle le General Partner (GP). De l'autre, les investisseurs, appelés Limited Partners (LP) — typiquement des fonds de pension, compagnies d'assurance, fonds souverains, family offices, et de plus en plus de particuliers fortunés.
Un cycle de vie en plusieurs phases
Ce qui m'a marqué, c'est que la vie d'un fonds suit un calendrier assez précis, sur environ 10 ans :
- Levée (fundraising) : le GP convainc des LP de s'engager à apporter du capital, jusqu'à un montant cible.
- Période d'investissement (3-5 ans) : le GP appelle progressivement le capital engagé pour acheter des entreprises. C'est ce qu'on appelle les capital calls.
- Période de détention : les entreprises sont gérées, transformées, parfois fusionnées avec d'autres.
- Période de sortie (4-7 ans après l'investissement) : revente des entreprises, soit à un industriel, soit à un autre fonds (secondary buyout), soit via une introduction en Bourse. Les sommes reviennent aux LP : c'est ce qu'on appelle les distributions.
La fameuse "courbe en J"
Concept qui m'a interpellé : les premières années d'un fonds, les LP voient une performance négative. Pourquoi ? Parce qu'ils paient des frais de gestion sans encore voir de revenus, et que les entreprises rachetées mettent du temps à créer de la valeur. C'est seulement à partir des premières sorties que la performance remonte. Visuellement, ça forme une courbe en J. C'est un point essentiel pour les LP : il faut tenir la durée.
Les indicateurs de performance que j'ai croisés
Le PE ne se mesure pas comme un fonds coté. Pas de cours quotidien, pas de NAV journalière. À la place, j'ai croisé trois indicateurs qui reviennent partout :
- TRI (Taux de Rentabilité Interne) ou IRR : le rendement annualisé du fonds, qui tient compte du calendrier des entrées et sorties de cash. C'est l'indicateur "vitesse".
- Multiple (MOIC ou TVPI) : combien de fois le capital investi est rendu aux LP. C'est l'indicateur "ampleur". Un MOIC de 2x signifie qu'on récupère deux fois la mise.
- DPI (Distributed to Paid-In) : la part du capital déjà effectivement rendue aux LP, par opposition à la valeur résiduelle estimée. C'est l'indicateur qui me semble le plus "honnête", parce qu'il ne dépend pas d'une estimation de valeur.
Un fonds peut afficher un MOIC théorique séduisant mais un DPI très faible si la majorité des entreprises sont encore en portefeuille à des valorisations non réalisées. C'est typiquement ce qu'on lit en ce moment dans la presse sur les difficultés du PE : les exits se font rares depuis 2022-2023, et les LP attendent leurs distributions.
Ce que je veux creuser ensuite
Cette première note m'a permis de poser le décor. Mais beaucoup de questions restent ouvertes, et je compte y revenir dans les prochains articles :
- Comment se valorise concrètement une entreprise en portefeuille (méthode des multiples, DCF, comparables) ?
- Qu'est-ce qu'un secondary et pourquoi ce marché explose-t-il ?
- Comment fonctionne précisément la mécanique d'un LBO (waterfall, dette mezzanine, covenants) ?
- Pourquoi parle-t-on autant de la démocratisation du PE auprès des particuliers (ELTIF, unités de compte) ?
- Quels sont les vrais risques que je n'ai pas encore identifiés ?
Ce que je retiens pour l'instant
Le private equity n'est pas une boîte noire impénétrable. C'est un univers structuré, avec ses acteurs, son vocabulaire, son cycle de vie et ses indicateurs propres. Ce qui le rend différent des marchés cotés, ce n'est pas tant la nature des entreprises (ce sont souvent les mêmes que celles qu'on rachète ou qu'on introduit ensuite en Bourse) que le cadre dans lequel on les détient : illiquide, long terme, avec un alignement d'intérêts particulier entre GP et LP.
Pour un étudiant en finance qui veut comprendre l'écosystème global, ignorer cette partie du marché serait une erreur. Je continue donc la veille, et je posterai d'autres notes à mesure que j'avance.
Note de veille à but personnel et éducatif. Je suis débutant sur ces sujets et il est possible que certaines formulations soient imprécises ou incomplètes — toute remarque ou correction est bienvenue. Cet article ne constitue en aucun cas un conseil en investissement.